2019-01-17 - Lille - Penser l'effondrement (Conférence Regards d'experts)

De Collapsologie Wiki

Extrait[modifier | modifier le wikicode]

https://www.youtube.com/watch?v=GVXt2o6AGGY&fbclid=IwAR3eR_nxjEthEz2DmCI_LcdlMfEbhhAd-uTOk3RNW3yHiSu2i-sPgwanV1E

Extrait de la conférence qui a eu lieu le 17 janvier 2019 à Sciences Po Lille, organisée par Virage énergie (http://www.virage-energie-npdc.org/) et la Maison Régionale de l’Environnement et des Solidarités (MRES : https://mres-asso.org/).

Avec Luc Semal : https://www.institutmomentum.org/author/luc-semal/

L'extrait présente la notion de "Dérégulocène", éventuellement complémentaire de celles d'Anthropocène et Capitalocène.

Définition proposée, à discuter :

Ère géologique définie par la période durant laquelle les capacités d'emprise progressivement acquises par une espèce particulière n’ont plus été régulées par les interactions de cette espèce avec l'ensemble du vivant.

Compte rendu des échanges[modifier | modifier le wikicode]

  • Présentation de la MRES
    • Cycle de diffusions cinéma a commencé sur le thème de l'effondrement
      • Projection le 18/01 à Coudekerque
      • Programme consultable sur le livret de conférence
    • Autres temps fort prévus à Saint-Sauveur en 2019
  • Présentation activités et historique Virage Energie
  • Exposé de Vincent Mignerot - 20 minutes
    • Cherche à comprendre de façon presque philosophique/existanciel la raison qui nous amène à l'effondrement des sociétés humaines
    • Débat sur l'effondrement
      • Est-ce un anthropocène ou un capitalocène ?
      • Modèle économique est-il responsable ?
    • Cherche à articuler la problématique autour de la régulation proie/prédateur du point de vie de l'Homme et les conséquences sur l'environnement
      • Exemples des vers de farine et rennes de l'île St Mathieu qui s'auto-détruisent
      • Autre exemple : surconsommation de coquillages par les macaques après la création d'outils
        • => les activités pouvant mener au péril d'une espèce n'est pas le propre de l'homme ou du genre homo
    • Hypothèse
      • Capacités singulières : nous serions l'espèce la plus apte à dépasser les principes de régulation
        • Capacités cognitives, en étant capable d'absorber des propriétés du réel, les assembler, et en faire des outils plus impactants
          • Exemple : concept de masse + concept du levier = création du marteau
        • Constructions de mythologies indépendantes du réel
    • Dérégulation est un acquis et pas une essence
      • Effondrement issu d'une stratégie adaptative plutôt qu'une décision/intention de déréguler la vie à terme
      • Permet de se libérer des questions politiques capitalisme/civilisation/industrialisation…
      • Pierre Clastre : chasseurs/cueilleurs refusaient l'Etat pour ne pas construire de complexité trop grande
      • Salins (anthropologue) - Autre ressource à consulter sur le rejet de la complexité d'autres
      • Si situation fortement difficile (guerre, famine, …) pousse dans les retranchements, pression environnementale trop forte, risques de devoir mettre en application de la complexité
        • Voir Hypothèse de la reine rouge
        • le mode d'interaction avec l'environnement a varié au cours de l'Histoire, on ne peut donc pas essentialiser
      • Capitalisme et civilisation sont juste des moyens d'adaptation, pas des liens qui tiennent vraiment
        • Parler de dérégulocène ? Capacité d'adaptation vieille de 4 milliards d'années
      • Permettrait de politiser le débat de façon plus claire
        • Autre que contre capitalisme ou civilisation
        • Intégrer que nous n'avons pas les moyens/que nous ne pouvons pas décider ce qui va nous arriver plus tard et qui va exercer une pression sur l'environnement
    • Question à débattre : pouvons-nous nous libérer du dérégulocène ?
  • Exposé de Luc Semal - 20 minutes
    • Comment suis-je arrivé sur le sujet de l'effondrement ?
      • 2007 en études à Science Po Lille
      • Dissonnance entre croissance/développement durable/problématiques écologiques
      • Intéressé par le mouvement de la décroissance
      • Lecture de Collapse de Jarred Diamond en 2005 qui inscrivait l'effondrement dans un temps plus long
      • Thèse : le catastrophisme écologique - Militer à l'ombre des catastrophes
        • Ne pas prendre le terme "catastrophisme" sur son aspect péjoratif
        • Question du basculement de notre monde vers l'après pétrole, l'après abondance, …
      • Engagement dans l'écologie et la lutte dans un contexte si difficile et catastrophistes
        • Comment ne pas sombrer moralement ?
        • Comment vivre les dissonnances au jour le jour, avec l'entourage ?
        • Comment aborder les questions de décroissance, de sobriété etc ?
    • "Catastrophisme"
      • Terme qui reste intéressant
      • Sociologie des mouvements
      • Ville en transition et décroissance
        • Critique assez dure du développement durable
          • Choc économique majeur bientôt à l'échelle des générations humaines
          • Volonté de développer des propositions politiques joyeuses
            • Sobriété, sociétés égalitaires, émancipation…
        • Echelon local : dimension plus sombre et dure dûe à l'ombre des catastrophes
          • Problématique moins verbalisée
            • Pierre Rabhi : "Même si nous avions le choix, nous devrions nous détourner de la croissance"
            • Rob Hopkins : "C'est normal d'avoir peur. Si vous n'avez pas peur c'est peut être que vous n'avez pas compris" Manuel de transition
    • 6ème extinction
      • Certains mettent l'accent sur le fait que les évolutions sont sur un temps long, d'autres s'intéressent aux moments de rupture
      • Catastrophe longue à l'échelle humaine
        • Cumul de phénomènes qui intéragissent qui vont créer un basculement brutal
      • Potentiel apocalyptique avec le nucléaire par exemple
        • Mais qui reste dans notre normalité, présent continuellement dans le discours dominant
    • "Effondrement"
      • Quelle place à faire la notion ?
        • Il y a plein d'effondrements : populations animales, régimes politiques, …
          • Ici, parle de la civilisation thermo-industrielle
      • Permet de mettre un mot fort sur une notion forte, et ne pas être dans l'euphémisme
      • Connotation écrasante (1 seul effondrement cité) et parfois fascinant qui amène son lot d'imaginaires
      • Points de vigilances par rapport à la notion :
        • Faire l'effort de sortir de "l'effondrement épouvantail" qui paralyse l'action
        • Essayer de sortir de la dichotomie entre Effondrement ou Alternative
          • Nous empêche de passer à l'action
          • Garder une distance critique face à ces notions
            • Besoin des idéaux-types pour penser, mais ne sont pas la réalité
              • Exemples : "Transition comme la solution", "Survivalisme comme seul futur", ...
          • Les pouvoirs publics ne sont pas démunis en cas de crise et pénurie
            • Mathilde Cubat (Science Po Lille) - Voir ses travaux
            • Penser des transitions radicales et locales

Questions du public

  • Date précise de l'effondrement ?
    • Rien n'est écrit, pas à l'abri d'effondrements brutaux
    • 2030 devenue symbolique et très suivie, mais ne pas s'y raccrocher
    • Evolutions imprédictibles
      • Par contre, c'est inéluctable
      • "Et à terme mènera à l'extinction de l'espèce humaine" (V. Mignerot)
  • Comment rester optimiste ? Question du bonheur
    • Luc Semal :
      • Echo trouvé dans la population de la part du mouvement des villes en Transition
      • Nécessaire d'avoir des espaces pour pouvoir parler collectivement des problématiques, même les plus rudes
      • Rester en mouvement, trouver une joie dans l'engagement
      • Réfléchir à des plans locaux de transition
    • Vincent Mignerot :
      • Besoin de bosser : sur les modèles agricoles/politiques …
      • Il y aura des joies, mais après avoir bossé
      • Arrêter avec le culte du bonheur de notre société d'enfants rois
  • Que peut-on dire des faux-amis de l'écologie ?
  • Politique : comment plus de mixité/équité … ?
  • Peut-on aborder le thème avec un public scolaire jeune ?
    • Luc Semal :
      • Pas devant collégiens et lycéens : "sujet interdit aux moins de 18 ans"
      • Sujet lourd et délicat
      • Aucun problème devant adultes et étudiants
      • Faisable mais demanderait sûrement un accompagnement à préciser
      • Pas les générations futures qui vont se prendre les problèmes, mais les générations présentes => aux adultes d'intégrer en priorité
    • Vincent Mignerot :
      • Enfants se questionnent spontanément dès la maternelle sur des grandes questions : mort/finitude par exemple
      • Ado : savent très bien qu'ils ne vivront pas dans le même monde que leur parent
      • Intuition collective chez les plus jeunes qui permet d'en parler
      • En parler est de toute façon moins destructeur que de poser un verrou
    • Public
      • Voir film de Gilles Verné - Ex-trader qui en parle avec les enfants
  • Comment ne pas répéter les mêmes erreurs si pas d'extinction de l'espèce ?
    • Vincent Mignerot :
      • Pas la main sur les causes externes qui nous mènent à des exercer des pressions sur l'effondrement
      • Chaos qui nous attend ne permet pas d'avoir la main sur des prédictions d'attitude
      • "Maronnage" pourrait être un des futurs
        • Peut-on encore parler d'humanité ?
  • Savoirs faire techniques : comment partager/favoriser le partage ?
  • Quelles politiques de transition ?
    • Pas des taxes, mais des rationnements (exemple du rationnement lors de la seconde guerre mondiale en Angleterre)
    • Gunther Anders
      • Menace nucléaire transposable à la menace écologique
        • Attention aux éléments particuliers : responsabilité collective
        • Crise ponctuelle vs processus long
  • Lien démocratie / écologie ?
    • Vincent Mignerot
      • Voir le bouquin Transition 2017 de V. Mignerot
        • Questionne le modèle et l'abstraction / découplage de nos modèles de représentation
          • Démocratie/Représentants pas au contact du problème écologique de la même façon que l'agriculteur/chasseur d'autrefois
          • Outil démocratique sûrement pas le meilleur moyen d'aller vers une bonne gestion de l'effondrement
          • Révoltes ou révolutions qui ont fonctionnées étaient corrélées à la capacité à améliorer la vie des gens, d'acquérir des avantages
        • Question militaire pour sécurité
          • Absente du discours écologique
          • Pose problème car rend le discours inaudible pour les personnes qui s'inquiètent de leur sécurité
    • Luc Semal
      • Mondialisation (échanges de flux) => réversible
      • Globalisation = Problèmes pour tout le monde (climatique, prolifération des armes nucléaires, …
      • Démocratie
        • Refus de l'enfermement arbitraire, du non respect des minorités

Questions posées sur les réseaux sociaux après la conférence

  • Question 1
    • Parler de "Dérégulocène" permettrait d'après toi de politiser le débat de façon plus claire. Je trouve ton analyse vraiment intéressante pour expliquer comment les civilisations deviennent prédatrices et destructrices. Par contre, ça exclut la critique du système en cours, le capitalisme, qui ne répond pas à un stress extérieur (ou alors oui, les stress engendrés par le marketing, le besoin d'accumuler, de privilégier le paraître à l'être, ... il faudrait les lister, il y en a beaucoup d'autres, mais qui semblent répondre à des stress créés artificiellement)
      • Réponse V. Mignerot :
        • il est possible que la construction du modèle capitaliste soit une réponse à la saturation des potentiels des modèles précédents, consécutivement à la conquête de la totalité des territoires à exploiter (mondialisation). La rivalité ne pouvait plus s'exprimer de façon horizontale (conquête de territoires), elle a dû se "verticaliser" (spéculation, appropriation des outils de production plutôt que des territoires etc.) afin de répondre au "stress extérieur" de ne plus avoir aucun nouveau territoire à conquérir en cas de rivalité avec son voisin. Les moyens de réponse dans la compétition sont devenus l'appropriation des moyens de production, à l'aune desquels se mesure la puissance d'un pays. Le tout, accélérant le processus évolutif de l'espèce (Reine Rouge), a permis l'existence d'un très grand nombre d'humains qui ne seraient simplement pas nés sans la puissance économique (en particulier autour de l'agriculture) du capitalisme (je fais vraiment court)
  • Question 2
    • J'ai l'impression que plutôt que de politiser le débat, ça le dépolitise en sortant du contexte dans lequel on vit. Comment prôner uniquement des changements d'habitude de consommation sans parler de résistance aux exactions en cours ? A quoi bon se lancer en permaculture si on ne fait rien pour contrer la destruction que provoque l'agriculture intensive ? Les potagers seront super productifs quand il n'y aura plus de pollinisateurs. La destruction est engendrée par des actes, des faits bien réels. Et ne se baser que sur la production d'alternatives sans parler de lutte, c'est oublier un pan tellement important du triptyque Action individuelle/Action collective/Lutte. Nous n'avons pas eu beaucoup le temps de parler, et tu m'as dit que d'après toi toutes les révoltes ou révolutions qui ont fonctionné étaient corrélées à la capacité à améliorer la vie des gens - conditions non réunies ici. Autrement, elles ont amené un renforcement du régime en place. Une chute de la domination des puissants n'engendreraient donc pas une amélioration de la vie des gens ? Travailler pour vivre, retrouver une sobriété en dehors de tous nos "devoirs" de consommateurs, ... La chute du système en place n'est-elle pas souhaitable étant donné les destructions qu'il engendre ? Ne doit-on pas lutter pour la Vie, même si l'humanité s'éteint à terme.
    • Réponse V. Mignerot
      • La quantité d'énergie qui traverse nos sociétés réduirait, à terme une régulation très importante s'opérerait (elle va s'opérer de tout façon, la dispo de l'énergie étant limitée). Je le dis dans mon intervention à Marseille : les limites physiques ou la chute du système vont faire des millions/milliards de morts.
  • Question 3
    • Tu as fait une remarque sur le fait que si des humains repartaient dans une sorte de vie sauvage, "maronnage", "est-ce qu'on pourrait encore parler d'humanité ?" Je trouve ce point de vue extrêmement occidental et condescendant. Quid des communautés/tribus qui ne se sont pas civilisés ? Ils ne sont pas humains ? Humain = civilisé ? Quid des sacro-saints chasseurs-cueilleurs qui sont très régulièrement cités ?
    • Réponse V. Mignerot
      • Le clivage civilisé/chasseurs-cueilleurs que tu me prêtes n'est pas le mien, et l'ambition du dérégulocène est bien justement de retrouver la continuité là où les oppositions nature/culture, civilisation/peuples premiers etc. maintiennent des séparations artificielles selon moi. Ces clivages sont d'ailleurs exactement ceux entretenus par la pensée de DGR ;-) Le marronnage serait le retour à l'état sauvage au sens strict, c'est-à-dire sans technique qui permette la dérégulation, c'est-à-dire bien avant les chasseurs-cueilleurs eux-mêmes...